Maternités phemba Yombe : composition, rang et continuité du lignage
Les maternités phemba de la tradition Yombe, dans l’art Kongo, placent au centre la figure féminine et la continuité du lignage. Deux œuvres des archives Dalton Somaré montrent comment ce thème s’exprime à travers des solutions sculpturales différentes. La maternité de 39 centimètres et celle de 28,5 centimètres, toutes deux en bois et en verre, datées de la fin du XIXe–début du XXe siècle, offrent une comparaison directe entre construction du corps, position de la figure secondaire et signes du rang.
Dans la première sculpture, l’enfant est allongé sur les jambes de la mère ; dans la seconde, il est assis sur sa jambe gauche et se penche vers l’avant. Le rapport entre les deux corps change, tout comme l’ouverture de l’espace devant le torse. Une décision de composition précise apparaît : une disposition horizontale réunie sur les genoux ou un axe qui s’élève à côté de la figure principale. La relation maternelle reste centrale dans les deux œuvres, tandis que le rythme des volumes et des gestes s’articule différemment.
La maternité de 28,5 centimètres porte une haute coiffure et présente collier, boucles d’oreilles et scarifications soigneusement sculptées. Sa main droite repose par le dos sur un vase ; la notice de la galerie rapproche ce détail d’exemplaires publiés par Raoul Lehuard dans Art Bakongo. Les ornements accompagnent un corps solide, dont les jambes soutiennent la posture et dont le visage conserve une forte présence. Dans l’autre œuvre, la sobriété des parures concentre l’attention sur le modelé du visage, le cou et les scarifications.
La maternité Yombe du Science Museum Group, inventaire A221839, datée de 1880–1920, offre un point de comparaison documenté pour les liens entre maternité, rang et soin du corps. La notice muséale relève la coiffure et les scarifications comme marques de prestige et rappelle l’importance de la filiation maternelle. Ces observations situent les détails des œuvres dans une conception sociale de la personne, où beauté, dignité et continuité familiale s’expriment par le corps.
L’histoire documentaire distingue également les deux exemplaires. La plus petite maternité est enregistrée comme collectée in situ en 1915 et publiée dans Phemba : Voix féminines d’aristocrates kongo en 2022 ; celle de 39 centimètres figure dans le parcours d’exposition de la galerie et dans le catalogue Winter Bruneaf de 2019. Lire ensemble les formes et les données publiées permet un rapprochement vérifiable. Les phemba apparaissent ainsi comme des images où un thème partagé laisse place à des différences de posture, de proportions et de travail sculptural, à examiner œuvre par œuvre.
Références et œuvres de comparaison
Science Museum Group, Mother and child statue, inv. A221839.
Raoul Lehuard, Art Bakongo: les centres de style, Arnouville, 1989.


