Figure zoomorphe janiforme, pré Dogon, Mali

1309–1424 ap. J.-C. (test C14)
Bois, pierre
42,5 cm

Provenance

Importante collection française, acquise en 1972
Collection Jean-Claude Marian, Bruxelles
Collection Carlos Basso, Barcelone
Collection privée, Paris


La figure zoomorphe Tellem Dogon présentée ici appartient à un contexte historique et culturel d’une complexité particulière. La chronologie des migrations dans la région du Delta intérieur du Niger, encore seulement partiellement connue, ne permet pas d’attribuer avec une certitude absolue à un groupe ethnique précis les sculptures religieuses en bois conservées pendant des siècles dans cette région.

La zone comprise entre l’ancienne ville de Djenné-Djeno, Djenné, Mopti et la falaise de Bandiagara fut concernée, entre le XIe et le XVIe siècle, par des vagues migratoires successives qui donnèrent naissance à un milieu culturel composite. Aux mystérieux Tellem, terme dogon signifiant « ceux qui étaient ici avant », installés dans les grottes de la falaise entre le Xe et le XIe siècle, se joignirent entre les XIe et XIIe siècles certains clans Soninké, fuyant la violente islamisation des Almoravides.

Par la suite, à partir du début du XVe siècle, les Dogon s’établirent eux aussi dans la région, attirés par l’inaccessibilité de la falaise. Selon la datation au radiocarbone C14, cette figure zoomorphe bifrontale doit être attribuée aux Tellem ou à une phase très ancienne de la présence Dogon, introduisant aux premières iconographies du Delta intérieur du Niger.

Comme l’a observé Kate Ezra, la statuaire Dogon est liée à un vaste corpus de mythes concernant la création de l’univers, la lutte entre l’ordre et le désordre et la place de l’humanité en son sein. Les figures zoomorphes ne sont pas rares dans cette région. Souvent identifiées comme des « chiens », ces images sacrées sont considérées comme liées aux migrations historiques des Dogon vers la falaise de Bandiagara, où le chien aurait guidé le peuple vers les points d’eau, comme l’a décrit Jean Laude.

Une analyse morphologique de cette sculpture rend toutefois problématique l’identification de l’animal comme chien. Les volumes arrondis du corps, la forme du crâne et du museau, la position des oreilles et l’attitude même de l’animal semblent le rapprocher davantage de l’hippopotame. La nette différence dimensionnelle entre les deux têtes animales ne peut être considérée comme fortuite, mais décrit probablement le dimorphisme sexuel entre mâle et femelle de ce grand mammifère.

Une dernière considération concerne la pierre fixée au centre du dos de la figure. Sa forme arrondie exclut qu’il puisse s’agir d’un point d’appui ou d’un autel destiné aux sacrifices, comme les petites coupes présentes sur d’autres figures zoomorphes. La surface polie évoque plutôt les dugo, pierres sacrées données par Amma à l’humanité, dans lesquelles se cache le nyama, la force vitale des ancêtres fondateurs.

Les grandes figures zoomorphes Tellem-Dogon sont extrêmement rares. Un exemple est conservé dans les collections du Musée Dapper à Paris, anciennement collection Lester Wunderman à New York, tandis qu’un second exemplaire appartient au Metropolitan Museum of Art de New York, anciennement collection Nelson Rockefeller. Ces deux sculptures présentent une seule tête et montrent une petite cavité vide au centre du dos.

L’œuvre présentée ici se distingue à la fois par son iconographie bifrontale de type Janus et par la présence de la pierre magique sur le dos, élément qui en fait un authentique unicum.