The Nagas – Catalogue de l’Exposition

Catalogue de l’exposition, Galerie Lorenzelli, Bergame.

Année : 1992
Textes : Grata Somaré, Leonardo Vigorelli
Contributions : A. Ao, B.B. Goswami, A. Veca, G. Zaccarelli
Photographies : F. Zaina
Format : 21 × 26 cm
Pages : 206, 163 images en couleur
Langue : anglais

Signes, non paroles

« Ce qu’ils ont dit avec la plus grande intensité et la plus grande clarté, ils ne l’ont pas exprimé par des paroles, mais par des signes. Ils n’ont pas dit, ils ont montré. » Cette phrase de Jean-Jacques Rousseau, tirée de l’Essai sur l’Origine des Langues, introduit le sens profond de cette publication consacrée aux Naga.

Il n’est pas facile aujourd’hui de reconstruire l’image que nous avions des Naga lorsque nous les avons « découverts » pour la première fois à travers les formes surprenantes des objets présentés ici. Pendant des décennies, les collines situées à la frontière entre l’Inde et la Birmanie restèrent fermées aux étrangers. Les objets arrivant en Europe apparaissaient isolés, privés du système culturel qui les avait produits, et cette absence de contexte nourrissait la fascination pour un monde lointain et difficile à définir.

Ces œuvres appartenaient à l’origine à un système cohérent de valeurs, dans lequel forme, fonction et signification étaient inséparables. Avec le temps, ce système s’est progressivement désagrégé : les objets ont perdu leur contexte d’origine, se transformant en artefacts autonomes, souvent réduits à une valeur esthétique ou commerciale. Seule une partie d’entre eux est entrée dans des collections capables d’en préserver le sens ; beaucoup d’autres ont été absorbés par des catégories indistinctes de « curiosités ».

Avant qu’il ne soit possible d’accéder directement au Nagaland, la rencontre avec la culture Naga eut lieu à travers les lectures de Hutton, Mills, von Fürer-Haimendorf et Elwin. De ces expériences naquit l’idée de présenter une collection Naga en Italie, non seulement comme exposition, mais comme occasion de réflexion sur la complexité et la dignité d’une culture.

Aucune collection ne peut restituer pleinement la profondeur d’une culture. Les objets sont des traces de relations, de croyances et de systèmes symboliques. Toutefois, par l’analyse de leurs dimensions technologiques, sociales et symboliques, il est possible de dépasser des catégories réductrices comme celle d’« art primitif ».

Lorsque l’accès au Nagaland devint possible, la réalité apparaissait déjà transformée. Les structures traditionnelles étaient entrées en relation avec les processus de la modernité. Villages, objets et systèmes sociaux évoluaient dans un contexte historique plus vaste, marqué par des changements économiques et culturels. Malgré ces transformations, des éléments de continuité demeurent visibles : dans les gestes, les objets, les attitudes.

Plus encore que les formes, ce sont les qualités humaines des Naga — dignité, loyauté, fierté et ouverture à l’avenir — qui révèlent la persistance d’une identité culturelle. La recherche anthropologique vit une tension constante : elle développe des instruments pour comprendre les cultures, tout en assistant à leur transformation et parfois à leur disparition.

Le catalogue se présente comme document et réflexion : une tentative d’approcher une culture complexe à travers ses formes matérielles et d’en reconnaître la dignité au-delà de la distance historique. Il est dédié aux Naga, avec le souhait qu’ils puissent trouver un équilibre entre tradition et modernité, défi qui concerne toute culture.