Masques Kpelye Senufo et cubisme : forme rituelle, abstraction et modernisme
Le rapprochement entre les masques Kpelye Senufo et le cubisme porte sur la construction du visage par plans, saillies et rapports géométriques. L’ovale central, les appendices latéraux et les éléments situés au-dessus et au-dessous du visage forment une composition rythmée, dont chaque partie contribue à l’équilibre. Cette organisation permet d’examiner des solutions éloignées de l’imitation naturaliste et de les mettre en dialogue avec les transformations de la peinture européenne au début du XXe siècle.
Les Kpelye, également désignés par des variantes comme kpeliye’e, appartiennent aux traditions Senufo de Côte d’Ivoire, du Mali et du Burkina Faso. Le visage idéalisé, souvent de caractère féminin, intègre des éléments géométriques, animaliers et ornementaux. Scarifications, coiffure et proportions reflètent des critères de beauté reconnus ; les appendices élargissent la structure et renforcent sa lisibilité pendant la danse. La finesse de la taille révèle la capacité du sculpteur à raccorder détails et surfaces continues.
Ces images interviennent dans des contextes initiatiques, commémoratifs et publics, avec des différences entre communautés et traditions locales. Leur relation avec le Poro, importante institution éducative et sociale, accompagne des usages dans les cérémonies funéraires et le divertissement. Les costumes en fibres et les mouvements du danseur complètent l’image. C’est dans la performance que le visage sculpté réunit beauté, mémoire ancestrale et relations sociales.
Une ressemblance visuelle avec un tableau cubiste ne suffit pas à établir qu’un masque précis fut le modèle de l’artiste. La comparaison est féconde lorsqu’elle éclaire des modes distincts d’organisation de la forme. Frontalité et articulation des volumes répondent, chez les Senufo, à des principes développés dans leur tradition, tandis que le cubisme explore des problèmes propres à la peinture européenne. Ce dialogue rend sensible la maîtrise constructive des masques et la contribution de l’art africain au modernisme, tout en conservant leurs histoires respectives.
Bibliographie et comparaisons
- William Rubin, Primitivism in 20th Century Art.
- Robert Goldwater, Primitivism in Modern Art.
- Metropolitan Museum of Art, Kpeliye’e face mask, Senufo


